#RoadToChicago - 4/8 :

Les conseils de Laurent Vicente pour la dernière ligne droite !

Laurent Vicente est un athlète à part. Il le dit lui même : "je suis un peu un OVNI dans le monde de la course à pied". Au delà d'être un trailer et un coureur de montagne de référence dans l'hexagone, il est également entraîneur et auteur, entre autre... Il nous a paru intéressant de receuillir les propos de l'athlète du team Erreà dans le cadre de #RoadToChicago avec un zoom spécifique sur moment crucial qu'est la période de l'affutage. Son expérience, son franc parlé, ses analyses de psychanalyste/psychologue et ses métaphores ne pourront pas vous laisser insensibles... 

  

Paris Road Runners : Peux-tu nous en dire plus sur toi et tes différentes activités autour de la course à pied?

Laurent Vicente : Je suis  psychologue et psychanalyste de formation. J’ai fait 12 ans d’études dans ce domaine. Cela m’a permis de pouvoir courir le plus possible puisque le statut d’étudiant offre quelques largesses. C’est parfois compliqué, il y a de grosses périodes de révision mais dans l’ensemble il n’y a pas tout à fait les mêmes contraintes que pour un salarié. Par ailleurs, je suis entraîneur de profession, j’entraîne à distance, en club, en association, en extra club aussi pour pouvoir continuer à courir par ce biais. Le but c’est de s’entraîner toujours plus. En fait pas forcément plus mais mieux. L’idée est de s’entraîner professionnellement tout en pratiquant un sport amateur. On ne peut pas gagner sa vie en tant que coureur. C’est rentrer dans un cercle infernal. En parallèle, j’ai développé ma propre entreprise qui va jusqu’à vendre des livres. Des livres que j’ai créés. Que ce soit les BD « coach à pied », pour lesquelles il y a six tomes de parus (plus un hors série trail) et des livres, dont le dernier que suis en train de finaliser, de motivation et de conseils, toujours sur la course à pied. Je suis auteur, ça me fait drôle de le dire mais c’est ça. En parallèle de l’entraînement, je vends ces livres que j’ai créés, notamment au organisateurs de course comme idée cadeau entre autre.

 

 

Paris Road Runners : Quel sont tes références en tant qu'athlète ?

 

Laurent Vicente sur le stand Erreà lors du Running Expo du marathon de Paris - Crédit Photo : @Photos Gui Fav
Laurent Vicente sur le stand Erreà lors du Running Expo du marathon de Paris - Crédit Photo : @Photos Gui Fav

Laurent Vicente : Je suis coureur de montagne et de trail. Ce sont deux disciplines distinctes. J’ai fait déjà trois fois premier français à des championnats du monde de montagne longue distance (2012, 2014 et 2015). J’ai gagné la coupe de France de trail court l’année dernière et cette année j’ai fait deuxième. Je cumule les deux spécialités même si je reste avant tout montagne avec des arrivées au sommet plutôt que des arrivées en descente ce qui est le cas des trails.

 

 

Paris Road Runners : Quelles sont tes références sur marathon ?

Laurent Vicente : Je n’ai jamais fait de vrai marathon avec un objectif prioritaire. Je n’ai couru que le marathon de Montpellier sur un parcours qui monte et descend sans arrêt et où j’avais fini 3ème en 2h28. Mais je n’ai jamais fait de prépa marathon spécifique. En fait je le fais pour le trail court car ce sont des efforts entre 1h50 et 2h30 donc paradoxalement je fait toute l’année des préparations marathon. Mais je ne me suis jamais préparé sur la route. Je m’y mettrai un jour comme j’ai la possibilité de faire encore beaucoup de performances. Je sais que sur marathon j’ai aucune chance de gagner même si je pense que je pourrai descendre en dessous de 2H22. Mais ça m’apporterait rien à coté de ce que le trail me rapporte en visibilité et en média et surtout en plaisir. Mais je vis au niveau de la mer, donc je m’entraîne toute l’année sur piste. Pendant 8 mois de l’année je fais 2 entraînements sur piste par semaine. Je m’entraîne en moyenne 12 fois par semaine. Je double 5 jours par semaine. Ca me fait une moyenne de 160 kilomètres hebdomadaire.

 

 

"Quand tu enlèves la pression des "bobologies" se révèlent"

 

Paris Road Runners : Quels sont pour toi les points clés des 10 derniers jours de la préparation ?

Laurent Vicente : C’est la partie de l’affutage. Sur marathon c’est quinze jours à trois semaines. Ca dépend du passif de l’athlète. Trois semaines pour les athlètes de haut niveau parce qu’on fait une grosse charge avec une grosse compétition trois semaines avant pour créer une surcompensation trois semaines après. Sinon, sans prise de risque avec cette charge, trois semaines avant, parce qu’on manque de niveau, c’est quinze jours. Sur ces quinze jours, on diminue le volume général de la semaine mais on garde l’intensité. Les gros entraînements sur piste ou sur route restent présents. L’affutage c’est la fin du tremplin qui remonte et donc la particularité de cette phase est que comme on baisse le volume on a des petites blessures, des « bobologies » qui remontent à la surface. Pendant la période de charge, on est mis sous pression. Un peu comme un sous marin qui serait en profondeur, assujéti à la pression des fonds marins. Du coup, il y a une forme d’enveloppe de contraction musculaire générale qui protège. Quand tu enlèves cette pression, d’un coup se révèle des « bobologies » qui avaient tendance à ne pas être décelées et ressenties. Il s’opère également pendant cette période une montée de stress. De plus en en faisant moins, on stress naturellement plus, il y a des petites blessures qui arrivent et génèrent elles aussi du stress. C’est l’occasion de faire jusqu’à J -8 des massages, les derniers réglages d’osthéo, des bains chauds bains-froid. Il s’agit de faire des petits trucs qu’on ne prend pas le temps de faire avant mais qui permettent d’augmenter la potentialité d’encaisser une charge qu’on n’a pas encaissé jusqu’ici. On a beau s’entraîner beaucoup, on ne fera jamais une charge tel qu’un marathon à l’entraînement à moins d’être un athlète de haut niveau et encore il faut le faire intelligemment. Les quinze derniers jours d’affutage ont pour but de rafraîchir le mental qui a beaucoup été mis à contribution pendant les gros entraînements, afin qu’il soit prêt à l’épreuve maximale du marathon du jour J. Je suis psychologue donc concernant le mental il serait préférable de parler de fraîcheur psychologique. En fait, il existe quatre étapes : le mental, le psychologique, le psychique et le spirituel. Le mental c’est quand plus rien ne va, c’est lorsque le  corps ne peut plus suivre que le mental prend le relais. On peut donc dire que finir au mental c’est un certain échec de la préparation. Mais du mental il en faut au marathon parce qu’on ne peut pas être 100 % préparé pour cette épreuve, même les athlètes les plus aguerris, les plus entrainés ont recours au mental car on arrive à des fins de courses compliquées. Soit on traverse le mur soit on ne le traverse pas mais quoi qu’il arrive on « ramasse » quand même à la fin.

 

 

"Il faut mettre une tenue dans laquelle on se sent léger et beau à la fois !"

 

Paris Road Runners : Accordes-tu une attention particulière à ton équipement, tes vêtements en course ?

Laurent Vicente, aux championnats du monde, avec sa tenue personnalisée
Laurent Vicente, aux championnats du monde, avec sa tenue personnalisée

Laurent Vicente : Sur le marathon pur, on n'est pas dans une logique trail : on n' a pas vraiment de matériel particulier. Il faut être le plus léger possible, mettre une tenue avec laquelle on se sent léger et en même temps beau. Ca fait toujours plaisir de mettre une belle tenue. Moi je sais que je garde ma combinaison d’athlète des beaux jours pour être sur mon 31 le jour J. Après, tout dépend des conditions. Avec Erreà, mon équipementier, je fais des tenues sur mesure. La taille est faite mais après je fais personnaliser le logo, les couleurs. En plus des équipements team Erreà, par exemple pour les championnats du monde j’avais une tenue spécifique. Ca fait plaisir d’arborer les couleurs. C’est sympa de se faire plaisir comme ça. Il faut des tenues dans lesquelles on est à l’aise, léger. Il est nécessaire d'avoir testé avant, que ce soit les chaussettes, les chaussures, même les vêtements pour les tétons, les aisselles… On a toujours des frottements, ça nécessite un minimum d’habitude. Car après, le moindre effort additionnel devient à la fois insupportable et générateur de fatigue. Il faut être en confiance, bien dans ses baskets et dans sa tenue pour arriver à passer le dur parce qu’entre les ampoules et les échauffements cela fait pas mal de risques. C’est important d'être sûr de son coup.

 

Paris Road Runners : Quelle est ton actualité et tes objectifs pour la dernière partie de l’année ?

Laurent Vicente : Je serai le week end du 9 octobre sur les 20 Km de paris où j’aurai un stand pour mes livres. La thématique c’est la BD comme pour la course. Malheureusement, on n’a pas réussi à trouver un arrangement pour un numéro spécial 20km paris de la BD. Mais je serai bien là pour mettre en avant le running via la BD avec mes 8 tomes. Après je sors en ce moment un livre de conseils et de motivation. Côté sportif, je pars ce week end faire une course en Hollande. La Langraaf Trappen Race. Elle se court sur le sommet de la hollande. Tu montes un escalier et tu redescends, c'est une boucle d'un peu plus d'un kilomètre. La version semi comporte 19 tours. Le marathon 38. Je pars pour le semi car le marathon ça serait trop. Ce serait un effort de plus de cinq heures et je ne suis pas encore assez aguerri pour ces efforts là. Je le ferai peut être l’année prochaine. Je termine ma saison en changeant mes habitudes et mes contraintes. Ca fait du bien de faire des courses sans pression (NDLR : Laurent Vicente s'est imposé sur le semi de la Langraaf Trappen Race en 1h48, record de l'épreuve)

 

" Le marathon est une course d'attente, je conseille le negativ split..."

 

Paris Road Runners : As-tu un conseil pour un marathonien qui veut battre son record et en particulier passer sous les 3 heures ?

Laurent Vicente : Le conseil est de partir en negativ split. C’est à dire tu prends ta moyenne de course, donc par exemple pour trois heures du 4’15 au kilo, et t'organises pour partir moins vite. Il faut partir en 4’30 sur le premier kilomètre, 4’25 puis 4’20 et enfin 4’15. Donc, tu arrives à 4’15 au quatrième kilo et là tu maintiens ton allure. C’est complétement contre intuitif mais c’est ce qu’il faut faire. Ca permet, en complément d’un échauffement, de monter en pression. Ca régule l’activité du corps pour pas puiser dans des réserves qui te seront nécessaires après. On part toujours trop vite. Au moins ça permet de ne pas le faire. Le marathon ça reste une course d’attente donc il faut attendre que la difficulté vienne. Ca n’est pas à toi d’aller vers la difficulté, il faut les attendre. Si tu fais le calcul, dans cet exemple, au final tu ne perds que trente secondes. Quand tu frappes le mur tu perds minimum cinq minutes. Donc ça coûte quoi trente secondes ? Ca ne coûte rien par rapport à la capacité à repousser l’arrivée du mur au maximum. Après ce qui est sur c’est qu’il y a beaucoup d’autres aspects et de conseils à donner mais celui là est important. La plupart des gens entre leur première et leur seconde moitié de course perdent minimum trois à quatre minutes, donc trente secondes, je le redis : c’est rien. Ca optimise la possibilité de ne pas exploser. C’est une explication statistique et mécanique mais la vrai explication c’est que le corps fonctionne comme cela. Le corps est balistique. Tu lances une balle ça fait une trajectoire qui monte en puissance, qui maintient une allure et qui re-accélère en retombant. La première puissance elle est purement mécanique. La deuxième elle est gravitationnelle. Le corps fonctionne de la même façon. Il monte en puissance progressivement après tu maintiens une allure pendant 20-25 bornes et enfin si tu le peux tu re-accélères. Après pour mettre cela en pratique, il faut s’entraîner. Ca demande de s’entraîner à partir lentement puis à maintenir une allure. Comme le marathon est un course d’attente il faut attendre que le money time lié à la traversée du mur arrive.

 

A propos de Laurent Vicente

Montpellier - Athlète du team Erreà

 

- Doctorant en psychanalyse du sport à l’Université Laval (Québec)

 

- Diplôme Universitaire Dopage (3ème cycle à l’université de Montpellier III)

 

- DESS de Psychologie clinique et sport à l’Université Montpellier III

 

- Chef d’entreprise, COACHAPIED.com :

 * Entraîneur (clubs et grand public)

 * Auteur et promoteur de la BD Coachapied (8 tomes) et des livres de Conseils Motiv’actions sportives (12 ouvrages)

2015

- Vainqueur de la coupe de France de Trail court - 3 victoires (Le trail givré, Le trail des grands crus et Les gendarmes et les voleurs)

- 14ème à la Vertical de la tour Eiffel

- 17ème aux championnats d’Europe de Kilomètre Vertical (SkyRunning) à Chamonix/Mont-blanc

- 1er français et 17ème aux Championnats du Monde de course de montagne longue distance au Marathon de Zermatt (Suisse)

2014

- Vice-champion du monde de course de montagne vétéran à Innsbruck (Autriche)

- 14ème aux Championnats du Monde de course de montagne longue distance au Colorado (USA)

- Vainqueur de deux manches de coupe de France de course de montagne (Le mont Ventoux et Le nid d’aigle)

- Vainqueur et recordman du Mont Ventoux (par la route)

2013

Vainqueur d’une manche de coupe de France : le Col de Vence (Nice)

Vainqueur du Mont Ventoux (par la route)

2012

- 1er français et 27ème aux championnats du monde de Course de Montagne longue distance en Suisse

- 7ème aux Chpts de France de Kilomètre Vertical à Manigod 

- Vainqueur d’une manche de coupe de France : la Montée de l’Aubisque

- 1er français au Cross du Mont-Blanc, 2ème au scratch derrière J. Wyatt (NZ) septuple champion du monde

 


Suivre Laurent Vicente & Coachapied

- www.coachapied.com

Facebook

Instagram

 

A lire également :