#RoadToChicago - 6/8 - 2h59'55 sur le marathon du 9 octobre 2016 :

5 petites secondes...


Le passage à la borne 40 est inquiétant. Après avoir pris une légère marge au 35ème, lorsque j’ai décidé d’accélérer l’allure, je ne dispose à 2 kilomètres de l’arrivée, que de 3 secondes d’avance sur le plan de marche. L’inquiétude va s’amplifier encore. Le dernier mile à courir va se faire dans la tête plus que dans les jambes. Je repense à l’interview de Laurent Vicente publiée sur le blog une dizaine de jours avant la course (à retrouver ici). « Du mental il en faut au marathon parce qu’on ne peut pas être 100 % préparé pour cette épreuve, expliquait le coureur du team Erreà, même les athlètes les plus aguerris, les plus entraînés ont recours au mental car on arrive à des fins de courses compliquées ». Alors même si les jambes ont du mal à répondre, je ne lâche rien. Je pense fort à mes proches. Je m’encourage régulièrement. « Allez, allez… on va y aller ! Allez ! ». Je rattrape régulièrement des concurrents pour qui la barrière des 3 heures s’échappe. Je ne peux m’empêcher d’en remettre une couche. « Allez tu y vas toi ! Allez on va y aller… ». Pensées positives ! Avant la course je m’étais dit que si je devais parier, je mettrais bien un petit billet sur un résultat en moins de 3 heures. On me l’avait dit, je l’avais lu et je le savais. Il faut être positif. Visualiser les choses de manière optimiste. Je suis bête et discipliné. J’exécute. Alors oui, j’aurais préféré ne pas couper la course à pied pendant dix jours un mois avant le marathon à cause d’un mollet récalcitrant. Mais logique positive jusqu’au bout : j’avais décidé d’entendre ceux qui voyaient là l’occasion d’emmagasiner de la fraîcheur et de faire du jus. De n’écouter que moi même quand cela m’arrangeait. Ce break m’a permis de souffler. Point.

 

Pourtant à Windy City, à quelques minutes de l’arrivée, les vents semblaient tourner. Alors que je venais de passer le panneau indiquant les 800 derniers mètres, les chances d’atteindre l’objectif s’amenuisaient. Sur le pont menant à la ligne droite d’arrivée, si j’avais du parier, j’aurais repris mon billet pour le mettre de l’autre côté. Celui des 3 heures et quelques. Nombreux sont ceux qui m’ont parlé de cette petite montée juste avant l’arrivée. Seule difficulté du parcours. Je suis à la dérive. Mes jambes ont de plus en plus de mal, je suis en train de lâcher. Heureusement j’arrive à prendre la roue d’un concurrent qui déboule sur ma droite. Il me mêne jusqu’à la dernière ligne droite. Là je donne tout. Je ne me pose plus de questions. Le portique approche. Je me prépare à stopper le chrono. Ca y est s’en est terminé. Problème. Dans la précipitation, je me suis trompé de bouton et j’ai activé un tour manuel. Je crois avoir vu 56. Mais je ne sais pas. Je ne sais plus. Est-ce les minutes ? Impossible. Est-ce les secondes ? Probablement. Cela signifierait que l’objectif est atteint. Mais rien n’est moins sûr. En plus, la marge est tellement faible… J’avance dans l’air d’arrivée. Je croise Adrien avec qui je prends le temps de faire quelques photos, drapeau tricolore au vent. Je récupère ma médaille ainsi qu’un « good job » tout droit venu du coeur du bénévole qui me récompense. Pourtant, même si je suis confiant, je n’ai toujours pas l’assurance d’avoir fait le job. Je réitère l’exercice photos. Avec Laurent tout d’abord pour une image 100 % Run & Freedom. 100 % pur beurre ensuite avec Gui. Je rejoins les consignes avec mon « compatriote » breton. Je n’ai toujours pas la certitude de mon temps. Je me dépêche de récupérer mon téléphone. Les premiers SMS de ma compagne tombent. « Félicitation ». « Je suis trop fière de toi ». Oui mais combien ? Mon temps ? « 3h00’05 ». Je suis assis à côte de Gui. Je lâche un soupire de déception. Je tombe en arrière, je ferme les yeux. Les questions affluent…

 

5 secondes ça change quoi ?

Soudain une voix annonce que nous entamons notre descente et que la température à Paris est de 6 degrés. Le commandant du bord du Vol American Airline AA150 m’a réveillé. Je viens de faire un mauvais rêve. Mais un rêve qui ressemble beaucoup à la réalité. Seul le dernier texto d’Audrey diffère. Le vrai SMS donnait l’information suivante : « 2h59’55 ». 5 secondes de plus d’un côté. 5 Secondes de moins de l’autre. Rien et beaucoup à la fois. Un peu moins de 20 mètres (4’15 au kilo). Rapporté à 42,195 Km ça n'est rien. Les conclusions auraient-elles été les mêmes pour 5 secondes supplémentaires ? Je ne le saurai jamais… Je sais par contre que j’ai eu de la chance, que j’ai bien géré la première partie de course et que j’ai été fort dans la tête pour finir.

 

Un "personal pacer" venu de Pennsylvanie !

A partir du 30ème kilomètre je prends les devants. Alejandro dans mon sillon.
A partir du 30ème kilomètre je prends les devants. Alejandro dans mon sillon.

J’avais décidé de ne pas partir trop vite. Juste après un hymne américain et les applaudissements qui vont avec, le départ est donné. Je m’élance à bonne distance des pacers Nike RC qui prennent rapidement le large. Les américains n’ont pas la même approche que nous. Les 4 ou 5 meneurs d’allure d’un temps donné courent les uns à côté des autres. Du coup, la fluidité n’est pas optimum. Je préfère rester éloigné de la orde. Pour le démarrage, je décide de m’octroyer 5 secondes de marge au kilo. Curseur positionné à 4’20 maxi le temps de trouver mes marques et de bien rentrer dans ma course.  Après trois kilomètres, je trouve mon personal pacer. Allure fluide. Débardeur jaune (comme les vrais du NRC). Corpulence suffisante pour me protéger du vent qui vient nous agresser régulièrement. N’est pas Windy City qui veut…  Antony a le profil idéal. Je le laisse mener le train. Je me tiens prêt à prendre le relais quand il aura besoin de souffler. Je m’interroge à plusieurs reprises sur la rapidité de son rythme. Mon GPS m’indique régulièrement que nous sommes au dessus de l’allure cible. Mais systématiquement au passage des marques du parcours nous n’avons qu’un petit matelas de  3 à 14 secondes par rapport au temps référence. Antony est un métronome. Au alentour du 25ème kilomètre notre duo franco-américain se transforme en trio. Alejandro vient se joindre à nous. L’espagnol est sur les mêmes bases que nous. Je repense une nouvelle fois à certains propos de Laurent Vicente : « Le marathon ça reste une course d’attente donc il faut attendre que la difficulté vienne ». Et bien la salle d’attente nord-américaine est très agréable. Une ambiance... à l’américaine justement. Des spectateurs remontés comme des pendules. Des « go runners ! » à tous les coins de rues. Des bénévoles aussi nombreux qu’efficaces et enthousiastes. Enfin, des buildings, en toile de fonds venant assurer le dépaysement total. Nous faisons ainsi notre petit bonhomme de chemin et passons le kilomètre 30 sans encombre. Mais au fur et à mesure que le course avance, les cartes sont redistribuées, au sein de notre groupe. Inperceptiblement, une fois le Km 30 passé, Antony voit son rythme tomber. L’espagnol qui a compris le risque prend la course à son compte. Je le relaie régulièrement. Notre ami venu de Pennsylvanie est bien calé dans nos roues. 

 

Le mental au secours des jambes !

Dernière partie de course : les encouragements de Gui Fav (débardeur blanc) pour la dernière ligne droite.
Dernière partie de course : les encouragements de Gui Fav (débardeur blanc) pour la dernière ligne droite.

Rapidement Alex plafonne à son tour. Je prends la main flanquée de mes deux camarades. L’attelage tient quelques temps avant qu’Antony se retrouve 10 mètres derrière. On ne le reverra plus (temps final : 3h00’33’’). J’entends une voix qui me parle en français. « Allez Seb, tu vas le faire ! ». Je me retourne. Je reconnais Gui. Il a tenu jusqu’ici. Les jambes viennent de lâcher. Le breton est cependant têtu. Il parviendra à finir au mental (d’Iroman) et à assurer un beau RP en 3h05 (moins 14 minutes !). Je reprends ma marche en avant. Au soir de l’épreuve, devant nos bières et hamburgers, Gui me dira « tu faisais plein de petits pas, tu avais une fréquence très rapide ». On me l'avait déjà dit. Côté course, Alejandro est toujours dans ma roue. Il ne me laisse pas un mètre. J’ai fait du 35ème kilomètre un objectif clé. Puis je décrète le 38ème comme encore plus important. Mais pas autant que le panneau 40. Plus que deux bornes ! J’ai l’impression d’être à bloc. Mon esprit tente parfois de laisser place au doute mais rapidement les auto-encouragements viennent couper cours. Et mon ami espagnol dans tout ça ? Il a finit par lâcher un mètre. Puis deux. Puis trois. Je n’aurai plus de nouvelles de lui (temps final : 3h01’47’’). Arrive alors le money time. La fin de l’histoire est un rêve…

 

De quoi sera fait la suite ?

 

Photo 100 % Run & Freedom avec Laurent Michelier.
Photo 100 % Run & Freedom avec Laurent Michelier.
Photo entre bretons avec Gui Fav.
Photo entre bretons avec Gui Fav.

Mes 6 premières arrivées de marathon en avaient justement appelé d’autres en rêves. Là c’est différent. J’ai du mal à matérialiser de quoi sera faite la suite de mon parcours de coureur. Une chose est certaine : le marathon est une course exceptionnelle. Il restera le fil. Sous quelle forme ? Je ne sais pas. Autre point quasi assuré, l’avantage avec ce chrono c’est que si je parviens à nouveau à passer la barre des 3 heures, j’ai de grande chance de réaliser un nouveau record personel. Bubka attitude…  En attendant de caler le suite des évènements sur la distance reine je vais m’attaquer à des distances plus courtes et essayer de mettre un peu d’ordre dans mes chronos. 1h24’50 sur semi et surtout 39’14 sur 10, dorénavant ça fait pas très sérieux !

 

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