Meneur d'allure sur le Lausanne Marathon :

Noël un 24 octobre...

En ce 24 décembre 2014, il est minuit dans la banlieue genevoise. Il est l’heure pour Niko et sa famille d’ouvrir les cadeaux. Tout le monde est comblé. C’est le principal pour Niko qui n’a lui pas encore ouvert son paquet. Une cravate ou une chemise comme tous les ans ? Il ne s’est même pas posé la question quand il se retrouve avec un grand rectangle emballé dans les mains. Surprise ! Il découvre un cadre avec les trois photos de ses trois marathons. Paris 7 avril 2013, 4h02, Genève 4 mai 2014, 4h11 et Berlin 28 septembre 2014, 4h16. Ce cadeau lui fait énormément plaisir mais lui rappelle également les déceptions qui ont suivi sa première sur l’épreuve reine. C’était à Paris. Pour son premier 42,195 Km, il voulait juste finir et il avait frôlé un inenvisageable 4h00 ! Mais peu importe, ça n’était que partie remise. La déception fut grande quand il butta sur le mur, chez lui à Genève, pour terminer en 4h11. Berlin n’allait pas s’avérer plus prolifique. Pire encore il descendait à 4h16 sur le parcours le plus rapide du monde. Ces deux courses l’avaient d’ailleurs coupé dans son élan. La dernière partie de l’année 2014 et le début de la suivante seront consacrés à des semi-marathons. 

 

 

Une flamme ravivée !

 

Mais ce cadeau était en train de raviver la flamme. Il lui fallait la photo de lui à l’arrivée d’un marathon en moins de 4h00. C’est ce soir là qu’il prit sa décision. En 2015, il allait passer cette barre. Après quelques jours de réflexion, il prit deux décisions. Premièrement, il choisit de ne pas modifier son planning du premier semestre et donc de préparer exclusivement deux semi-marathons. Ce choix était un choix pour l’avenir. Son marathon se courra à l’automne. Sa deuxième décision fut la localisation de cette course. Il choisit de faire simple. La décision fut prise de rester au bord de son cher lac Leman. Cap sur Lausanne au mois d’octobre 2015.

 

 

Meneur sur marathon, c'est autre chose...

 

Après un expérience sur les 10 Km l’Equipe et les 20 Km de Paris, l’opportunité m’a été donnée de devenir meneur d’allure sur l’épreuve reine à l’occasion du Marathon de Lausanne. Meneur sur 42,195 est tout autre chose. Bien sur, il est très agréable d’accompagner sur l’épreuve parisienne ces runners plein d’entrain et de dynamisme. Evidement porter la flamme au pied de la tour Eiffel et donner le tempo sur une classique tel que les 20 Km de Paris s’avère être un très beau moment. Mais le marathon c’est autre chose. Ou plutôt les marathoniens (ou futurs marathoniens) c’est autre chose. Assigné au groupe des 4h00 (marge de 30 à 45 minutes obligeant), vous avez affaire à des coureurs qui veulent (enfin) passer un cap. Ou encore vous accompagnez des runners qui découvrent l’épreuve et qui s’apprêtent à rentrer dans le cercle des marathoniens. Dans un cas comme dans l’autre ces coureurs comptent sur vous. Niko justement dont je fais la connaissance dans le Sas de départ compte sur moi. Nous échangeons pendant cinq minutes. Je commence à découvrir son histoire… Je perçois tout de suite son stress et son inquiétude malgré la préparation qui semble avoir été effectuée avec soin. Je le rassure et je lui lance : « Ne t’inquiètes pas c’est pour aujourd’hui ! Ne me perds pas des yeux pendant les 25 - 30 premières bornes. Ensuite notre groupe sera plus restreint et je pourrais être avec toi et te conseiller… »

 

 

Village marathon et parc du musée Olympique

 


Avant d'être sur la ligne de départ, il a fallu rejoindre la cité vaudoise. Départ le samedi matin de Paris gare de Lyon. Le point de ralliement des meneurs est donné au village marathon. Immédiatement Karima, experte « décor » de la troupe distribue les perruques assorties aux couleurs de chaque meneur. La parité est rapidement battue en brèche. Les « femmes » prennent le pouvoir ! Le passage dans les différents stands des équipementiers, des partenaires et des courses représentés à Lausanne s’avère être un tabac. Les photos se multiplient. Le meneur est très couru… Cap ensuite sur le musée Olympique. Ce lieu, haut symbole du sport et de l’athlétisme en particulier, est un endroit privilégié pour les passionnés de sport. Les symboles sont nombreux à paver le parc. Barre de Sotomayor, sautoir de Lavillenie, flamme Olympique, 100 mètres de Bolt… Les références mondiales hantent les lieux. Le marathon n’est pas en reste. Emil Zatopek champion olympique en 1952 et référence de l’épreuve déploie sa foulée au coeur du parc. Cette magnifique statue de bronze nous inspire évidement. De là a imaginer Zatopek en meneur d’allure multicartes il n’y a qu’un pas…

 

 

Place à la course !

L’heure de départ (10h10) et le changement d’horaires, heure d’hiver oblige, nous laissent largement le temps de récupérer. C’est donc en plein forme que les sept meneurs d’allure (de 3h00 à 4h30) se retrouvent sous l’arche de départ pour immortaliser l’instant. Rapidement il faut laisser la place aux kenyans et éthiopiens qui vont dans quelques minutes se disputer la victoire. Le marathon comporte deux Sas. Et chacun respecte bien sa place. La raison en est toute simple, celui qui est pris par la patrouille sera sanctionné de cinq minutes de pénalité (le classement final indique que la sanction est bien tombée pour les rares resquilleurs). Le départ peut donc se faire dans les meilleures conditions, chacun étant à son rythme.

 

 

« Vous avez l’air stressé ! »

 

Les premieres foulées permettent de se mettre dans le rythme. Sur 4h00 il s’agira de se caler à 5’41’’ au Kilo. Pas forcement simple, cette allure n’étant naturelle et finalement rarement explorée. Une participante m’observe avec attention depuis quelques minutes : « Vous avez l’air stressé, vous n’arrêtez pas de regarder votre montre ! ». Laurence a raison, j’ai les yeux rivés sur mon cardio-GPS. Mais il s’agit plus de caler l’allure évoquée ci-dessus que de véritable stress et la difficulté est de ne pas aller trop vite.

 

 

Montagnes, vignes et lac Léman : Un cadre magnifique

Après quelques kilomètres, le rythme est trouvé. L’électronique sera utilisée uniquement pour vérifier que tout est en ligne. L’heure est venue de lever les yeux. Et le spectacle en vaut le coup d’oeil. L’aller - retour le long du Lac Léman est un véritable régal. Pour la première partie de course, sur votre gauche les montagnes et les vignes aux couleurs d’automne. Sur votre droite le lac en premier plan et les silhouettes d’autres montagnes au coeur d’une brune tenace côté France en fond de tableau. Au retour, vous inversez les décors pour vous diriger vers l’arrivée. Dans les deux cas, le soleil est au rendez-vous. Tout ces ingrédients font du Lausanne Marathon une épreuve au cadre magnifique.

 

 

A mi course tout le monde est dans le wagon y compris le sac à dos !

 

Dans la foulée, de la mi-course un virage à 180° est proposé pour effectuer le « retour à la maison ». Personne n’est lâché. Le groupe des 4h00 se compose grosso modo d’une vingtaine de coureurs qui vont et qui viennent selon leur humeur et leurs jambes. Un participant retient mon attention. Il vient de réaliser les deux premières heures de course avec un sac à dos. Pas un sac technique type réserve d’eau ou sac de trail. Non. Il porte un sac comme ceux qu’utilisent certains écoliers ou que l'on prend pour emporter le pique nique à l’occasion d’une sortie dominicale. L’objet un peu ergonome. Le coureur est obligé de le ramener sur son ventre à chaque utilisation…  A force de l’observer, je ne peux resister à mon envie de lui poser la question : « Que fais-tu avec un tel sac sur un marathon ? ». Le jeune runner me répond avec le sourire : « Ca me permet d’avoir mes provisions pour la course ! ». Un sac à provision ! Bien sur ! C’est sans doute le terme qui convient le mieux. Pas l’idéal toutefois pour courir un marathon. Notre futur marathonien l’avouera d’ailleurs par la suite, avoir ses reverses sur le dos s’avérera finalement être un frein. Ce coureur sympathique  sera d’ailleurs un des premiers à lâcher prise…

 

 

Un signe, une tape dans la main ou la bise aux coéquipiers…


La mi-course, sur un parcours en aller-retour comme à Lausanne, c’est aussi le moment où l’on commence à croiser les coéquipiers meneurs. Christophe qui donne le tempo sur 3h00 sera bien évidement le premier. Comme pour Murielle (3h30) Laurent (3h45) je parviens à lui faire un signe et à échanger quelques mots. J’aurais même le temps de prendre en photo et de taper dans la main de Mickael (3h15). Romuald (4h15) parviendra lui à me tirer le portrait. Karima, qui ferme la marche sur 4h30, est encore plus disponible. Nous aurons le temps d’échanger une bise avant de faire cap sur le mur.

 

 

Le mur : on rentre dans le dur pourtant on rattrape du monde...

 

Les alentours du 30ème kilomètre sont connus des runners. Le mur est craint. A Lausanne, on ne déroge pas à la règle. Les première inquiètudes apparaissent. Depuis quelques kilomètres, Niko ne me laisse pas un mètre de marge. Cela lui donne le temps de finir de me compter son histoire. Il me fait part de son inquiètude de rater une nouvelle fois l’objectif. De faire comme d’habitude, de régresser encore… « A chaque fois, je plante vers le 27-28 et après c’est la galère… ». Je le remonte. « Tu tiens une première victoire nous sommes au trentième et tu es toujours là. Maintenant on va finir ensembe. Tu t’es préparé comme il fallait. Tu as passé le mûrs, si tu es encore là et que tu peux encore me parler tu vas aller au bout ». J’enchaîne avec le sourire :  « D’ailleurs concentre toi sur ta course et ne m’adresse plus la parole d’ici l’arrivée pour fêter ta victoire ». Nous rattrapons de plus en plus de coureurs qui ont lâché prise. Je rappelle à mes troupes qu’elles ont fait le bon choix et qu’elle sont sur le bon tempo car l'équipe des 4h00 ne flanche pas. « Nous sommes au 35ème kilomètre !  Vous êtes solide ! On lâche rien on va aller au bout ensemble ! ». Malgré mes encouragements, Laurent, venu en voisin de Pontarlier ose une question : « J’ai mal au ischios, il est peut être préférable que je ralentisse pour assurer le coup ? ». J’écarquille les yeux et ma réponse fuse : « Mais tout le monde à mal aux ischios, tous le monde à mal partout ! C’est hors de question que tu lâches à 3 kilomètres de l’arrivée. Tu t’accroches, tu serres les dents et on va passer cette ligne d’arrivée ensemble ! » 

 

 

La dernière ligne droite avant les remerciements


La ligne d’arrivée se profile d’ailleurs. A Lausanne, elle est précédée d’une longue ligne droite. Plusieurs membres du groupe ont pris la poudre d’escampette ce qui va leur permettre de gagner deux à trois minutes. J’encourage ceux qui m’accompagnent encore à prendre égalelent le large si ils le peuvent. Niko lui ne me lâche pas. Il me dit vouloir passer la ligne avec moi. Je lui déconseille même si il a, à priori, déclenché après moi au départ. A 500 mètres de l’arrivée, je lui dis de partir pour éviter toute déception si mon GPS s’avére imprécis. Je passe la ligne en 3 heures 59 minutes et 57 secondes. Nombreux sont les marathoniens à venir me remercier. Nous prenons une photo de la team 4h00 ! Kyoichi, tout droit venu d’Osaka, s’incline devant moi les mains jointes. Nous immortalisons également le moment. C’est au tour de Niko de venir me dire quelques mots. Il me remercie. Il reparle de ses trois premiers marathons. Il me glisse avant de me quitter, avec un petit sourire en coin : "3h59'33'' à ma montre ! J’ai hâte de découvrir mon cadeau sous le sapin dans deux mois…" Pour Niko, sur lemarathon de Lausanne, c’était Noël un 24 octobre. Meneur d’allure sur un marathon c’est vraiment autre chose ! Heureux d’avoir contribué à ce beau cadeau…

 

Seb IIIHVII


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