3h22 au marathon de Berlin :

La coqueluche des recordmans du marathon...

Comme en 2014, dès la ligne d’arrivée du marathon de Berlin franchie, je m’interroge. Alors ce record du monde, il a été battu ? A l’époque, Denis Kimetto avait effectivement raflé la mise en 2h02’57. J’avais du attendre de pouvoir consulter mon téléphone pour avoir l’information. Cette année, j’aperçois un bénévole avec un petit panneau sur lequel il est écrit : « WR - 2:01:39 ». Je n’y crois pas. Je vais voir l’intéressé : « It’s the result of the elite race ? Is it a joke ». La réponse amusée du bénévole ne tarde pas : « It’s the result of Eliud Kipchoge and the new Word Record ». Kipchoge a donc bien effacé Kimetto des tablettes. Mais contrairement à ce que l’on pouvait croire il n’a pas battu le record de son compatriote. Il l’a explosé ! Pour l’athlète kenyan, oubliés les 8 secondes manquantes (Londres 2016), les semelles qui s’échappent (Berlin 2015) ou le temps execrable (Berlin 2017). Il aura donc fallu que je revienne à Berlin quatre ans après pour que le WR tombe à nouveau ! Ajoutez à cela Tokyo 2018 et les records d'Asie et du Japon de Yuta Shitara (2h06'11) et aussi le record de Grande Bretagne de Mo Farah  battu à Londres en avril dernier (2h06'11). Et si j'étais, pour les recordmans  de marathon, un porte bonheur, une mascotte, une coqueluche…

 

La coqueluche justement parlons-en. Alors que je suis à quelques jours de passer la quatrième dans mon projet de courir les six World Marathon Majors cette année, Audrey me tent son smartphone. « Je préfère que tu lises toi-même le message du médecin ». Mon ventre se serre. J’ai appris dans la journée que des tests biologiques s’étaient révélés, comme pour mes deux enfants, positifs à la bactérie Bordetella. On se croirait dans un Grey's Anatomy. Ca fait presque classe Bordetella. Quand on traduit tout de suite on descend de plusieurs niveaux : j’ai la Coqueluche. Pour mon médecin : « le marathon n'est pas raisonnable... » . Comment ? Une maladie au nom ridicule que l’on croirait issue du croisement d’un gallinacé et d’une peluche va foutre en l’air mes six marathons 2018 ? Oui, puisque le pneumologue qui a vu Héloïse est du même avis : « je déconseille le marathon... » . Je n’y crois pas… Je contacte mon assurance pour envisager l’annulation de Berlin. Je découvre que je peux décaler mon inscription à Chicago en 2019. Je commence déjà à me dire qu’il est peut être possible de décaler la prépa automne 2018 sur NYC et d’aller là-bas en perf en plus d’aller valider la médaille Six Stars (j’ai couru Berlin en 2014 et Chicago en 2016). Je vais voir avec le pneumologue, qui a accepté de me prendre en urgence, à partir de quand je peux me taper à nouveau dedans.

 

 

"Il faut que vous alliez à Berlin..." 

Au cours du rendez-vous avec le spécialiste, je fais état de ma santé. Je mets cela en perspective avec mon activité des dernières semaines. Le moment où véritablement j’ai été gêné correspond à ma plus grosse période d’entraînement qui s'est passée sans aucun soucis. Ma fin de prépa a été parfaite malgré la bactérie. J’ai l’impression de ne pas avoir la même maladie qu’Amaury et Héloïse et que ces personnes qui m'apprennent qu’elles se sont cassées une côte à force de tousser. Pas de quinte pour moi. Jamais. Le pneumologue m’écoute attentivement. Dans un premier temps, il ne dit rien. Et tout à coup il lâche. « Il faut que vous y alliez à Berlin ». Il revient sur sa position initiale ! Il s’avère en fait que cette maladie peut toucher plus ou moins fortement chaque patient. "On n'est pas égaux face à la maladie". Seule consigne avoir ma Ventoline sur moi en course. Au cas où. Je n’en reviens pas. Intrigué par certaines questions et remarques du praticien, je pose la question : « Ca à l’air de vous parler tous ces détails au sujet du marathon ? ». « Oui, j’en ai couru 20 » me repond-t-il. Je comprends mieux…

 

 

Après le quasi forfait, direction « Brandenburg Tor »…

Cette fois c’est donc parti, direction Berlin. J’arrive jeudi sur place, histoire de pouvoir visiter la ville et revoir les quelques contacts que j’ai pu me faire ici où là sur la « Six Stars Road ». J’ai en effet décidé de faire le strict minimum le samedi contrairement à Tokyo où cela avait contribué à m’entamer. La course arrive finalement rapidement. Le sujet qui suscite l’intérêt du microcosme de la course à pied est : « est-ce que Kipchoge va battre le record du monde ? ». « quel est votre objectif ? », « à quelle allure allez-vous courir ? », « quel est le temps de passage prévu au semi ? », « que cela changerait-t-il pour vous si vous battiez le record du monde ? »… le coureur Kenyan est assailli de questions. Même si le pneumologue m’a prévenu que mon amie la coqueluche pouvait me freiner dans mon élan, Eliud et moi avons donc un point commun : nous voulons battre un record à Berlin. Celui du monde (2h02’57) pour le dragster des hauts plateaux, le mien me concernant (2h59’55). Let’s do it !  Après un samedi très raisonnable et une nuit correcte, direction donc « Brandernburg Tor » pour prendre le départ. Contrairement à Tokyo, je suis dans le SAS adéquat cette fois ci. Bloc C. Espace réservé aux coureurs qui affichent un temps entre 2:50:00 et 2h59’59. J’y retrouve Greg et Kevin. Je profite de la présence de Kathrine Switzer (première femme à avoir couru un marathon en 1967, à Boston) pour réaliser un petit selfie. Place alors à une vidéo avec un message des participants de plusieurs pays, en VO. Viens le tour du français. « Salut c’est Sébastien de Paris. Ce week-end on est à Berlin pour tous battre notre record, comme Kipchoge on va tout arracher ! ». Au début de la phrase, quand les micros crachent Paris, automatiquement je lève la tête. Mais c’est moi sur l’écran géant. J’ai oublié que j’avais été sollicité sur le Marathon Expo de Tempelhof. Ma principale qualité étant d’être français. La case « bleu, blanc, rouge » n’avait pas été cochée par l’équipe de tournage. Moteur. Une, deux, trois prises… C’est dans la boite ! Après la présentation des coureurs élite et l’ovation pour Kipchoge, il est temps de lancer le décompte. Les ballons bleus et blancs s’envolent. La musique est toujours aussi stimulante dans ces moments là. 5, 4, 3, 2,1… Goooo !

 

 

Départ fluide

Le départ est fluide, pourtant le peloton est extrêmement dense mais les coureurs présents sont à la bonne place et à des allures similaires. Premier ravitto, ça passe comme une lettre à la poste. Là encore les marathoniens sont habitués et efficaces. Rien à voir avec Tokyo où j’étais dans le SAS des invités et des 4 heures. J’ai une quinzaine de secondes de retard à chaque passage (21'37 au Km 5). Rien d’alarmant. C’est même prévu ainsi. Départ tranquille pour rentrer dans ma course. Les sensations ne sont malgré tout pas exceptionnelles. Je me dis que c’est le début, que ça va aller en s’améliorant. Quelqu’un m’interpelle de l’arrière. C’est Chauchau. Le président de mon club, Run & Freedom, court le marathon de Berlin pour la première fois. En mode tranquille. On  échange deux, trois mots. « Allez vas-y, à plus » conclue l’ancien champion de France. Avant le panneau 9 où un ravitaillement en eau est programmé je décide de prendre un premier gel. Je n’ai que 4 gels dans la « cartouchière » de ma ceinture. J’ai une autre petite poche où j’ai posté mon 5ème gel et ma Ventoline. Stratégiquement, j’ai décidé de prendre ce gel en premier afin de profiter de toute ma lucidité de début de course. Erreur, bravo le stratège. En remettant le flacon dans la pochette je fais une fausse manip. J’entend un bruit au sol. Je ne réalise pas tout de suite. Je cherche. Rien, plus de Ventoline. Je ralentis. Je suis poussé par un autre coureur. A cause d’un rétrécissement, le peloton est encore plus dense qu’au départ. Je me mets sur le côté. Je vois le plastique mais pas le petit récipient du médicament. Tant pis, je décide de reprendre mon rythme. J’accélère un peu pour ne pas m’éloigner trop des temps de passage. Je passe à la borne 10 en 42’51. Tout est sous contrôle. Malgré tout, je ne sens toujours pas le truc.

 

 

«  you're Sebastian ? »

Puis mon regard tombe sur l’arrière d’un débardeur noir avec les mentions Tokyo, Boston, London, Berlin, Chicago et NYC 2018. En face des trois premières villes un check. C’est lui ! C’est John que j’avais croisé en course à Londres et qui tente de relever le même défi que moi. J’avais retenu son numéro de dossard mais pas son pseudonyme Instagram. Je l’avais retrouvé dans les résultats mais impossible de l’identifier sur les réseaux sociaux. Je reviens à sa hauteur. Je lui rappelle notre échange de Londres. Il semble ne pas me reconnaitre. Puis tout à coup il me pose la question «  you're Sebastian ? ». Ma réponse provoque un large sourire sur le visage du coureur de Chicago. Comme à Londres, il me remet un bracelet créé dans le cadre de son projet. Cette fois nous réussirons la connection d’autant que nous nous retrouverons dans la zone d’arrivée. Le constat, concernant mon état de forme, n'évolue cependant pas. Entre les 12 et 13ème kilomètre, je ne peux nier l’évidence. Je n’ai pas de jambes. Le panneau 15 rhyme pourtant avec un temps parfait de 1h04’02 (projection d’arrivée en 3:00:00, sur l’outil de tracking de la course).

 



 

 

Je passe en mode vitesse de croisière... 

Pourtant je gamberge. Est-ce que je tente de rallier le semi à cette allure ? Puis, je songe à la semaine qui vient de passer, à la découverte de cette bactérie et à mon quasi forfait. Je pense à mes proches. Je me projette sur la suite des évènements. Chicago va arriver vite. NYC suivra. Au 17 ème kilomètre je décide d’être raisonnable. Je lève le pied. Je suis convaincu que ça ne passera pas et veux éviter de connaître une défaillance ainsi que trop subir. Je passe en mode vitesse de croisière sur les marathons que je ne fais pas en performance. 4’45 à 5 au kilo. J’ai du mal au début à être sous les quatre trente. Puis les choses « rentrent dans l’ordre ». Je me dis que le temps va être long. Alors que mes trois premiers temps de l’année ont été raisonnables (3h08/3h50/3h38) je crains un moment le « dérapage » au delà des 4 heures. Puis je calcule. J’arrive aux environs de 3h15. Je ne comprends plus : ça me parait peu… Je  m’y perds. Finalement, je préfère abandonner et ranger ma calculette mentale. Comme l’allure me le permet, j’en profite pour bien visualiser l’environnement. Pas de doute ce parcours est un billard. Par contre si l’ambiance est au summum par endroit, si dans certaines zones les barbecues, tables et chaises font état d’une véritable anticipation de l’évènement, je constate qu’il y a plus de zones sans public que je ne pensais. Rien à voir avec Tokyo ou Londres. L’ambiance anglaise est d’ailleurs « hors catégorie ». Je continue mon bonhomme de chemin. Je commence à trouver le temps long. Les jambes ne répondent vraiment pas. Chauchau, malgré son mode tranquille, me double aux alentours du 26ème kilomètre. « Ca ne va pas ? ». Je lui réponds que non. Cette fois c’est à lui de prendre la poudre d’escampette. Il finira en 3h13. Ce petit échange me revigore. Je continue mon chemin. 5 au kilo. Toujours. Je rejoints le 28ème kilomètre. Les deux tiers de la course sont validés. Puis vient la fatidique marque 30. Allez, voilà la pancarte 32. Plus que 10 bornes. Ca c’est le bon côté des choses. Si on veut être plus pessimiste ça fait cinquante minutes.

 

 

La séquence est cool !

Les projections me donnent un atterrissage aux alentours des 3h20. Rassurant finalement mais en dessous du 3h18 réalisé ici il y quatre ans. Est-ce que deux minutes ça se rattrapent en 10 kilomètres ? Sans jambes, non. Je finis même par marcher. 2 à 3 minutes une première fois. Je repars. Je mets le clignotant à nouveau. Greg me rattrape. Il me tent la main et me demande de le suivre. Impossible. La marque 35 finit par arriver. Le plus dur est fait. Je prends mon temps à chaque ravitaillement pour bien manger et m’hydrater. Plus que 5 puis 4 kilomètres. Je suis ragaillardi. Sur trois bornes, jusqu’au 39ème kilomètre, j’enchaîne même avec une allure aux alentours des 4’45. Le temps passe vite, la séquence est cool. Trois virages à angle droit et je finis par apercevoir la Porte de Brandebourg. C’est la dernière ligne droite. Sous l’arche, comme sur les trois premiers marathons, je sors mon drapeau « bleu, blanc, rouge ». Je profite de la ligne droite qui mêne à la ligne d’arrivée. Je boucle la course en 3h22'31. Loin du Sub 3 espéré. Je ne suis pourtant pas déçu. Rien à voir avec Tokyo. Pour Berlin, j’ai le sentiment de ne pas avoir fait d’erreur dans la préparation et surtout lors des derniers jours qui ont précédé la course. Et puis mardi soir, je pensais que je ne serai pas au départ et que mon projet 6 Stars 2018 s'arrêtait là. Je suis donc tout simplement heureux de tenir cette médaille ornée de la face d’Eliud Kipchoge avec la mention : « Champion Olympique 2016 ». Il a donc effectivement  "tout arraché" lui !. L’an prochain, le visage sera donc surement le même sur la breloque mais il sera précisé : « recordman du Monde - 2:01:39 ». The journey continues…

 

@_Selegoc_

 

 

Fiche équipements London Marathon 2018 :

  • Cardio / GPS : Polar M400 & bracelet OH1
  • Chaussures : New Balance 890 v6
  • Taping : Compex
  • Nutrition : 6 gels Overstim's (5 Energix & 1 coup de fouet) & boisson d'attente (ainsi que Malto et boisson récupération)
  • Compression : Boosters BV Sports (ainsi que chaussettes)
  • Textiles : maillot "Imagine For Margo, enfants sans cancer" Kalenji & short Poli / Run & Freedom

 



 

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