3h07'16'' au  Marathon de Genève :

Paris perdu, pari gagné...


Il est un peu plus de dix heures en ce vendredi 10 avril lorsque Gabi, vêtu d’une veste ornée des lettres CABJ entre, l’air hagard dans le cabinet du docteur Dewild dans le 15ème arrondissement. Ce supporter de Boca Junior vient tout droit de Buenos air. Il a traversé l’atlantique pour courir le Marathon de Paris deux jours plus tard mais il y a un hic. Les organisateurs refusent de lui remettre son dossard. « Il me demande un certificat médical, explique ce dernier, dans un anglais maîtrisé, en écartant les bras, je viens d’Argentine spécialement pour cette course, j’ai payé cent euros pour être au départ et il faut qu’un médecin écrive que je peux courir cette course ? C’est aberrant j’ai déjà couru des marathons aux quatre coins de la planète, à Chicago, à Londres, à Berlin par exemple et on ne m’a jamais demandé ce type de document… ». Le docteur Dewild rentre dans la salle d’attente, me fait un signe pour que je rejoigne son cabinet. Je m’exécute. Je perçois la voix de Gabi et celle du médecin. Le coureur sud-américain semble tenter de négocier pour obtenir un rendez-vous. Madame Dewild est peu sensible aux arguments de Gabi et semble inflexible. « Il n’y pas de caractère d’urgence. Patientez, si un créneau se libère je vous prendrai » lance-t-elle en rejoignant son cabinet. « A nous, qu’est-ce qui vous amène ? » enchaine-t-elle en me fixant droit dans les yeux. Pour ma part, pas de soucis, j’ai bien mon attestation pour être au départ dimanche. Le docteur Dewild me l’a délivré il y quelques mois. Cependant ça n’est pas la grande forme. Un virus, qui m’a terrassé il y a une huitaine de jours, semble avoir fait plus de dégâts que je ne l’imaginais initialement. Je ne sens pas le coup… Et mon médecin va vite me le confirmer : « Vous avez 10/6 de tension, inenvisageable de prendre le départ dimanche » tranche-elle avec la même inflexibilité que lorsqu’elle parlementait avec Gabi.

 

Le coup est dur à encaisser. Cela semblait pourtant bien embarqué. Mon objectif de passer sous les 3h15 pour valider le cut qualificatif pour certains grands marathons était a porté de main. Les 1h24’50’’ réalisés quelques semaines auparavant au semi de Rueil-Malmaison avaient validé cela. Tout était écrit, tout paraissait simple. Trop simple d’ailleurs même. Il y avait un côté déstabilisant à  maitriser à ce point l’approche de mon quatrième marathon. Une sensation que je n’avais jamais connu jusqu’ici… Les choses allaient, en quelques sortes, rentrer dans l’ordre avec la sentence du docteur Dewild.

Impossible de "balancer" une prépa marathon, cap sur Genève !

La décision a en effet été vite prise : rebondir. Hors de question de balancer une prépa marathon de 12 semaines. Après quelques hésitations, le choix était fait : cap sur Genève les 2 et 3 mai. Et là pas de soucis… Les doutes post marathon sont réapparus. Déjà parce qu’il me paraissait impossible de me contenter du 3h14’59 visé à Paris. Un air de revanche sûrement… En plus, la saturation commençait à faire surface. A l’issue d’un plan initial de 12 semaines, les 3 semaines de « bonus » prirent une forme de goutte d’eau… A l’avenir, je partirai d’ailleurs sur des plans 10 semaines. Enfin, la question restait en suspend de savoir si j’avais totalement récupéré ? Je ne le savais pas vraiment. Tout était donc normal pour ce quatrième Marathon, les doutes étaient à nouveau là.

"Javier from Valencia"

Photo avec Javier, après avoir longuement échangé dans l'attente du départ

Mon Marathon de Genève a véritablement commencé à la sortie de l’hôtel, à l’issue du petit-déjeuner, quand un coureur qui sortait du même endroit que moi, qui portait un accoutrement identique au mien et qui allait dans la même direction m’a lancé un « good luck ». Après quelques pas, c’était à mon tour de m’adresser à lui : « Where do you come from ? ». « Valencia » me répondit-il. Nous voilà parti pour une heure trente de discussion. Sur le running d’abord. Du Marathon de Valence et son arrivée si atypique. Du Marathon et du Semi de Paris ainsi que des 20 Km de la capitale française que je lui décrivais comme des courses fabuleuses. Puis d’autres choses, de beaucoup de choses, de nos petites filles âgées de 19 et 20 mois, de la mienne qui parle mieux que moi l’espagnol grâce à sa nounou péruvienne… Nous nous sommes communiqués nos coordonnées, j’ai échangé quelques photos avec Javier, peut-être échangerons nous à nouveau, les kilomètres cette fois-ci.

Je choisis de ne pas choisir...

Entre l'insaisissable Chauchau (3h) et Franky meneur sur 3h15 je choisis de ne pas choisir et m'intercale entre les deux

Puis, dans la salle réservée aux coureurs dans l’attente du départ du Marathon, le calme s’est tout à coup rompu. Chauchau et sa bande venaient de faire leur entrée. Le boss et ses meneurs d’allure tentaient de mettre de l’ambiance… Quelques photos et échanges avec Dominique qui réglait le tempo sur 3h et Franky (3h15) et mon choix était fait. Impossible de suivre Chauchau évidemment, mais, alors qu’à Paris j’aurais emboité le pas de Momo, avec le seul objectif de faire moins de 3h15 ici, inexplicablement, je veux faire mieux. Malgré la pluie, je choisis de ne pas choisir entre l’ancien champion de France et Franky et décide donc de m’intercaler sur une base de 4’25 à 4’30 au kilo.

Petit peloton et relais pour démarrer

Premiers kilomètres au sein d'un petit peloton, déjà l'heure du premier ravitaillement en gel 

Le départ est donné, la sono hurle « I got the feeling » des Black Eyes Peas. Le feeling est justement bon en ces premiers kilomètres. Sans meneur d’allure je crains toutefois de me retrouver seul dans la campagne Genevoise. Nous sommes malgré tout 7 à 8 coureurs à former un petit peloton. J’emboite le pas de deux savoyards dont je perçois que l’objectif est 3h10 mais qu’en ce début de course « on est plutôt sur du 3h05». Parfait. Cela ne durera cependant pas longtemps le rythme retombant je décide de leur fausser compagnie. J’échange alors les relais avec celui que j’appelle « l’homme au bonnet ». Vêtu d’un immense bonnet en laine ce jeune runner attire mon attention. Comment fait-il pour garder un couvre-chef de la sorte en courant ? Peu importe après tout, du moment que notre duo est efficace. Cela fera également long feu puisqu’au 14ème kilomètre « l’homme au bonnet » mettra le clignotant sur la droite pour passer le relais à l’un de ses coéquipiers. Nous n’étions pas sur la même course… Vient alors l’heure de collaborer avec Laurent, dijonais venu courir son premier Marathon en terre genevoise. A lui les secteurs roulants à moi les faux plats montants. En compagnie de ces coéquipiers d’un jour, malgré la pluie, nous atteignons les dix kilomètres sans voir tourner la montre (44’09’’). Le paysage est magnifique, le jaune des champs de colza éclaire la campagne genevoise, les monts jurassiens et les montagnes alpestres décorent l’horizon. Jusqu’au semi, ces paysages nous accompagnent dans notre progression. La difficulté prévue avant la mi-course passera finalement inaperçue. J’ai beaucoup cherché la butte qui se trouvait aux alentours du 17ème kilomètre. Je ne l’ai jamais trouvé. Une bonne chose finalement. A ce rythme les 21,1 kilomètres sont atteints en temps et en heure (1h33’06''). Par la suite je constate que mon comparse dijonnais, qui prend le temps de marcher au niveau des ravitaillements, a de plus en plus de mal à faire la jonction. L’élastique tiendra jusqu’au 24ème kilomètre...

Seul, dans une ambiance de Paris-Roubaix ou de cross hivernal !

Je décide donc de partir seul vers l’épreuve de vérité. Je sais qu’une rampe descendante nous mènera sur la rade vers le 33ème kilomètre. D’ici là ça va être la bagarre. J’ai adoré ce combat ! Dans une atmosphère  digne, tantôt d’un Paris – Roubaix cycliste, tantôt d’un cross hivernal, je lutte pour passer ce que mon logiciel interne de marathonien a déterminé comme les passages cruciaux (26ème, 28ème, 30ème et 32ème kilomètres). Les chemins de terres, les carrefours appelants les relances et les applaudissements des grappes de spectateurs rythment ce parcours. Je profite même d’une haie d’honneur rouge et noire ! Des supporteurs du Rugby Club Toulonnais, encore excités du titre européen de la veille, repérant mon maillot rouge et mon short noir, me poussent avec entrain dans ce périple. Et ça passe !

Le toboggan du lac Léman...

A moi maintenant le toboggan menant au lac Léman. Forcément, en terme de rythme cette rampe est favorable mais qu’est-ce qu’elle est exigeante pour les jambes ! Pour les ischios en particulier. Je n’arrive, par ailleurs, toujours pas à trouver de coureur pour échanger à nouveau les relais. Je continue à rattraper de nombreux concurrents, comme dans les 10 kilomètres précédents (entre le 25ème Kilomètre et le 32ème je suis passé de la 112ème à la 85ème  place), mais si je les rattrape c’est que je vais plus vite qu’eux… Sauf à perdre mon rythme, impossible donc de collaborer. Je garde donc le cap, je fais semblant de relayer Jean Sam ou de demander à Guillaume de prendre ma suite. Ca me rappelle nos séances sur la piste cet hiver et ça me permet de me changer les idées. Du coup, je suis sur des bases de 4’15 à 4’20 dans cette portion favorable. Mon avance au bas de la descente sur le temps de passage pour un temps final à 3h10 approche les 5 minutes. Il y a peut-être un coup à jouer ? Un 3h05 est peut-être réalisable ? Non, contrairement à Berlin (3h18’35’’) où j’ai longtemps cru, à tort, que les 3h15 étaient jouables, à Genève je ne tergiverse pas. Impossible de maintenir un rythme à 4’23 pour les 9 derniers kilomètres.

Une alliance franco-danoise pour finir !

Arrivé au bord de la rade, le jet d’eau me parait d’ailleurs bien loin. Je me raccroche donc au décompte. Plus que 8 bornes, 7, 6. Puis plus que 22 minutes 30, 18… Finalement avant le 39ème kilomètre, alors que je n’y crois plus, je trouve une roue à prendre. Anders arbore un maillot à l'effigie de  Copenhague. C'est un coureur massif à l'allure de viking. Au premier abord, je ne compte pas sur lui. Je m’aperçois cependant qu’une fois que je l’ai doublé, il me colle au train. Puis il me repasse. « Enfin ! ». Voilà ce qui me vient à l’esprit tout aussi étonné que soulagé. Nous cheminons ainsi jusqu’au dernier kilomètre. A 500 mètres de la ligne, apercevant l’arche d’arrivée, je décide d’appuyer un peu plus un relais. Mon comparse danois me laisse filer vers le dernier virage à angle droit donnant sur la dernière ligne droite. Je savoure ces derniers mètres. Je coupe la ligne. 3h07’16’’. Pari gagné !  

Qu'ai-je pu bien dire au speaker ?

Impossible de me rappeler ce que j'ai répondu au speaker de la course dans l'aire d'arrivée 

Le speaker me pose quelques questions. Je suis incapable de vous dire ce que je lui ai répondu. Sans doute que j’étais extrêmement heureux d’être là… J’aperçois Dominique Chauvelier qui fait le show dans la zone d’arrivée. Une poignée de main, un « 3h07 ? C’est ce que je t’avais dit » et quelques photos et c’est au tour du peloton 3h15 d’arriver. Franky nous rejoint, photos à nouveau…

Chauchau : "Maintenant c'est ce drapeau là !"

Chauchau : "Il faut que tu bosses ta vitesse..." 

« Maintenant c’est ce drapeau-là, me dit Dominique en me montrant son étendard 3h. J’ai coutume de dire qu’il faut être à 1H24, enchaine-t-il, aller vise 1H23 sur semi pour taper les 3h sur marathon. Il faut que tu bosses ta vitesse, l’endurance tu l’as, améliore ton chrono sur 10 bornes… ». Taper les 3h ! Impensable il y a quelques mois. Evidemment c’est dorénavant dans un coin de ma tête. Mais pas sûr que ce soit le prochain objectif. Pas sûr que je veuille passer de 4 à 5 séances hebdomadaires. L’avenir nous le dira. En attendant il est urgent de récupérer et de savourer ce magnifique Harmony Genève Marathon for Unicef

By Seb IIIHVII

Fiche matos

  • Chaussures Mizuno Wave Sayonara 2
  • Cardio :  Polar RC3 GPS
  • Textiles : Asics (T Shirt sous maillot et chaussettes) Odlo (short) et BV Sport (manchons)

En images :

Une médaille en ballade sur les bords du lac Léman...



Commentaires : 2
  • #2

    Dossard42195 (vendredi, 15 mai 2015 18:34)

    Bravo Seb, tu as reculé pour mieux sauter. Enorme chrono, encore un peu de travail et tu seras sub3h!

  • #1

    runninglicious (vendredi, 15 mai 2015 00:05)

    quels progrès !!! Et belle revanche sur Paris ! Bravo Seb et a toi les 3h! Tente pas Boston ?...

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