2h59 au marathon de Berlin :

La chute d'un mur...

Cette histoire démarre le 1er janvier 2018, 1er jour de l'année et jour où l'on se fixe généralement de bonnes résolutions. Il en va de toutes sortes, professionnelles, sentimentales, la mienne sera bien évidemment sportive. Je réfléchis alors à ce que je pourrais faire de mieux cette année... Pas vraiment évident quand l'année précédente tu es allé au bout d'un IRONMAN et couru pieds nus le mythique marathon d'Athènes. Je fais un peu le tour des marathons que j'ai déjà faits et m'aperçois que mon meilleur marathon a été réalisé il y a près d'un an. C'était celui de Paris et j'ai mis plus de 3h20. je pense avoir bien progressé depuis. Et pourquoi pas viser les 3 heures ? Certes, 20 minutes ça semble beaucoup, mais en presque un an j'ai eu le temps de beaucoup m'entrainer et évoluer, passant notamment de 1h30 à 1h25 sur semi-marathon. C'est décidé, ce sera mon objectif de l'année !

J'en viens assez rapidement à consulter la liste des marathons et cherche un profil propice au chrono. Je regarde ceux autour d'avril pour me laisser 3 bons mois de préparation. Marathon de Nantes, marathon du lac d'Annecy, marathon de Varsovie? Je penche finalement sur ce dernier qui, en cas d'atteinte de mon objectif, est qualificatif pour Boston. Ce sera donc Varsovie ! Et là tu te dis « mais quel rapport avec Berlin? ». Patience... Avril arrive et le marathon avec. J'ai suivi une préparation assez sérieuse (en testant notamment l'application Frequence Running que des amis m'avaient conseillée pour l'occasion), je pars donc confiant.

Varsovie : je craque au 25ème kilomètre...

Malheureusement, l'exploit ne se réalise pas ce jour là. Je craque dès le 25ème kilomètre et termine en 3h09. La dernière heure de course est un véritable calvaire mais je résiste et signe malgré tout un record personnel, améliorant mon ancien temps de 12 minutes. Le mois suivant, courant mai, je participe à la route du Louvre qui relie Lille à Lens. 42km séparent les deux villes et je décide de prendre le départ malgré mon marathon 3 semaines plus tôt. Etant donné le très faible laps de temps qui le sépare de mon précédent, je le fais sans pression, sans réel objectif. Et la recette s'avère efficace... partir sans pression et le faire aux sensations me fait améliorer mon chrono de près de 5 minutes ! INCROYABLE. Je regagne espoir et envisage de nouveau le sub-3h pour 2018... Eh oui, j'ai eu la chance d'être tiré au sort pour le marathon de Berlin et le parcours y est très favorable (les records du monde y sont très souvent réalisés, c'est le cas du dernier en date). Il me reste alors 4 mois et tout l'été pour m'y préparer.

Le plan

Je m'octroie un break début juillet et débute ma préparation dès la troisième semaine du mois. Je m'aide pour cela de l'application DecathlonCoach qui me propose un programme en 9 semaines. 5 séances par semaine: un fractionné court (30/30, 10 X 400...), un fractionné long (5 X 1 000, 3 X 3 000...), deux footings d'environ une heure et une sortie longue (entre 1h30 et 2h00) le weekend. Je me fixe pour objectif de courir 300 kilomètre le mois qui précède le marathon afin d'avoir le kilomètrage et la caisse nécessaires. Nécessaires pour ne pas faiblir sur les derniers kilomètres du marathon. Je termine finalement le mois d'août avec plus de 333 kilomètres au compteur. Premier contrat rempli. Au final, sur tout l'été, j'aurais couru 730 kilomètres sur près de 80 heures, et cela à raison d'un peu plus de 45 kilomètres par semaine. De mémoire, c’est ma première préparation avec des températures aussi extrêmes ! Nous avons eu un hiver froid, pluvieux et enneigé mais un été caniculaire ! J'ai parfois dû m'entrainer sous plus de 37 degrés sur la piste... Ce qui est sûr, c'est que ça m'a forgé un mental d'acier pour la course.

La dernière semaine

Je me pèse, j'ai perdu 3 kilos en 3 mois ! C'est bien, je vais me sentir léger sur la course. Ce sera moins de lest à trimballer sur 42 bornes. La dernière semaine est une semaine de régénération. Il n'y a plus rien à gagner mais au contraire tout à perdre... donc plus de gros entrainement, juste 2/3 footings histoire de faire tourner les jambes. Faudrait pas non plus qu'elle s'endorment... Les trois jours qui précèdent le marathon, je me fais ma traditionnelle cure de Maltodextrine, un apport glucidique qui charge les muscles en glucides pour le jour J. Je m'offre même le luxe de  me programmer une séance de cryothérapie 48 heures avant la course ; histoire d'être bien certain que muscles et articulations récupèrent de ma grosse charge d'entrainement. J'arrive très tôt le samedi matin sur Berlin et pars dans la foulée chercher mon dossard. J'évite ainsi tout stress inutile avant la course. Il est 10h, j'ai le fameux sésame en main.

Le jour de course

Après mon traditionnel petit déjeuner d’avant course constitué d'une crème au chocolat (Energy Cream de chez Aptonia), je file vers le départ. Ma tenue du jour : débardeur noir, short rouge, paires de chaussettes et de chaussures jaunes. Vous l'avez compris, je suis aux couleurs du drapeau allemand ! Après un très bref échauffement (sur marathon, l'échauffement ce sont les premiers kilomètres de course hein) je pénètre enfin dans mon SAS. Il y a déjà du monde, l'ambiance est studieuse. C'est calme, les regards sont concentrés. Moi je souris, je profite de l'instant, je retrouve des amis venus également courir, on prend des photos et là, je tombe sur Kathrine Switzer La première femme à avoir porté un dossard sur le marathon de Boston dans les années 60. Quel honneur, quelle rencontre et quelle gentillesse ! J'en tire un maximum d'énergie. Je suis boosté et fin prêt à en découdre... Le coup de feu retenti, ça y est c'est parti.

Du départ au Km 25

C’est en général la partie la plus simple. Il ne s’y passe généralement pas grand chose, il faut pourtant rester concentrer et éviter de gaspiller de l'énergie qui pourrait plus tard être utile. Il faut donc partir prudemment et être sérieux sur la nutrition et l'hydratation. Je ne zappe aucun ravitaillement d'eau et prends une petite quantité de gel tous les quarts d'heure. J’applique ma stratégie à la lettre : courir en negative-split. Partir sur un rythme de 4min15 au kilomètre et accélérer d'une seconde tous les 5 kilomètres. 14.08 km/h sur les 5 premiers kilomètres, 14.18 km/h sur les 5 suivants, 14.20 km/h du 10ème au 15ème, 14.33 km/h du 15ème aux 20ème, je passe le semi en 1h29'14". J'ai donc déjà plus de 45 secondes d'avance sur les bases de 3h au marathon. Le negative-split est donc respecté, en tout cas sur la première moitié. Puis les choses se corsent... Ma vitesse n'augmente plus, elle redescend même très légèrement à 14.24 km/h entre le 20ème et le 25ème kilomètre.


Du Km 25 à l'arrivée

Très à l'aise sur les 25 premiers kilomètres, ça se durcit ensuite... Passé le 25ème, je n'arrive plus à maintenir la vitesse au dessus des 14 km/h. Sans doute la fatigue de mon trail autour du mont Blanc quinze jours plus tôt qui se fait ressentir. Je cours du 25ème au 30ème à 13.96 km/h de moyenne, puis 13.89km/h du 30 au 35ème, et même 13.75km/h du 35 au 40ème kilomètre. Je passe le 41ème kilomètre et ma montre m'estime un temps final de 3h00'02". Deux secondes ça se gagne sur un dernier sprint, ça devrait le faire, NON ! Sentant qu'il m'en reste dans les jambes, je préfère ne pas prendre de risque, j'accélère. Je ne cesse de me répéter qu'un kilomètre c'est rien "c'est que 4 minutes" je ne lâcherai pas. J'ai une pensée pour mes proches, ceux qui me suivent, ceux à qui j'ai promis que je n'abandonnerais pas, que pour eux, je ne lâcherais rien. Je prends le dernier virage et aperçois la porte de Brandebourg au loin. Je sais alors qu'il reste à peu près 800 mètres. Allez deux tours de piste. Je place une dernière accélération et finis (par je ne sais quel miracle d'ailleurs) sur une allure à 3'37" au kilomètre. Je passe la porte de Brandebourg après 2h58'28" et sais que je ne mettrai pas plus d'une minute à parcourir les 200 derniers mètres. Je savoure l'arrivée. Je passe l'arche d'arrivée, je regarde ma montre... 2h59'27". WOW... J'ai mis moins de 3 heures à courir un marathon !

L'arrivée

Je retrouve un peu mes esprits. J'avance et récupère la médaille. Là un photographe m'y attend et je ne sais pas pourquoi, j'embrasse la médaille. Je ne fais pas ça habituellement. Allez, il m'arrive parfois de la croquer...mais l'embrasser ? JAMAIS ! Je pense que ça, ça veut tout dire. Je suis tellement heureux et soulagé, que cette breloque, je la chéris bordel ! Quelques minutes plus tard je retrouve Athaa, un ami venu tenter comme moi le Sub3. Je lui demande alors si son objectif est rempli, il ne lui manque malheureusement que 3 minutes. Même s'il relativise en se disant qu'il a tout de même amélioré son record personnel de plus de 10 minutes, ça me fait prendre conscience de la chance que j'ai aujourd'hui de faire parti de ce cercle très fermé des coureurs qui ont fait chuter le mûr des 3 heures !

Et juste après ?


Juste après ? Je continue de marcher. C'est alors que je vois un organisateur tenir dans ses mains une pancarte où il est écrit "2h01'39" NEW WORLD RECORD". Comment ça 2h01 ? L'ancien record de Kimetto est de 2h02'57" Je fais le calcul, je n'en crois pas mes yeux. Ce dernier est battu de plus d'une minute ! La barre des 2h02 est littéralement explosée ! Nous sommes nombreux à avoir aujourd'hui battu notre record mais celui-là... celui-là il est assez exceptionnel ! Exploit physique monumental, et pour cause, j'apprendrai plus tard en visionnant sa course qu'il a effectué les 17 derniers kilomètres seul, sans lièvre, complètement isolé. Pire encore, cela ne l'a pas empêché d'effectuer une seconde partie de course PLUS RAPIDE que la première ! Quel exploit sportif. Quel honneur d'avoir réalisé mon record le même jour que ce grand champion ! Et quel soulagement qu'il ne m'ait pas mis une heure haha (ça n'est pas passé loin). La suite ? Retrouver les proches, partager nos exploits et refaire la course autour d'une bière. Le soleil se couche, il est temps pour moi de prendre mon vol pour Paris, encore des étoiles plein les yeux.

Non mais après ? Pour de vrai...

Ce sub 3h m'a ouvert des portes. Il me qualifie pour le marathon de Boston que je courrai en avril. Pas dit que j'y batte mon record (le parcours est plus exigeant) mais qui sait, avec un peu d'entrainement... En attendant, le 7 octobre prochain je serai sur le marathon de Chicago. Et oui, ça ne me fait que trois semaines de récupération. Je vous l'accorde, c'est peu. Mais bon j'ai eu la chance d'être tiré au sort à la loterie, je ne me voyais pas déclarer forfait alors que des milliers de gens rêveraient d'être à ma place. Il s'agira donc plus de profiter de l'ambiance de la course que de viser un quelconque chrono. Les marathons américains sont connus pour être très festifs et je compte bien en profiter ! 
Kévin (@kevin_lissajoux)


 

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